Audition de Jacques Attali

La commission des affaires étrangères de la Défense et des Forces armées a auditionné jacques Attali sur son rapport « La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable ».

La francophonie représente aujourd’hui 4% de la population mondiale, mais 16% du PIB mondial, 14% des réserves naturelles mondiales, un taux de croissance moyen depuis quinze ans de 7% par an. Deux cent vingt millions de personnes parlent le français en première ou deuxième langue. Le continent africain va passer d’un à deux milliards d’habitants d’ici à 2050. Potentiellement, la francophonie peut représenter environ 750 millions de locuteurs.

La théorie des langues, qui constitue une dimension nouvelle de la théorie économique, montre que 70% d’affaires sont traitées en plus entre personnes parlant la même langue. La francophonie présente donc un potentiel de croissance gigantesque.

Christian Cambon, Vice-président de la commission, a évoqué la question du Vietnam qui constitue l’exemple de l’échec de l’action de la France en matière de francophonie. « Ce pays parlait merveilleusement le français. Quelques Vietnamiens, très âgés, sont encore capables de « réciter du Chateaubriand dans le texte » ! Actuellement, l’objectif des autorités vietnamiennes est de faire en sorte que 1% des Vietnamiens parlent français en 2020. Pourtant, c’est un pays qui a bénéficié de fonds importants. » La France a refait l’opéra de Hanoi, les collectivités territoriales et les régions ont apporté de très nombreux crédits en faveur des institutions scolaires, et de grandes écoles françaises ont créé des antennes d’enseignement dans ce pays. L’ancien lycée Albert-Sarraut de Hanoi a été entièrement financé par la région Ile-de-France. Or, on ne constate que très peu de résultats.

Jacques Attali a répondu qu’il n’était pas spécialiste de cette question, « mais j’ai cru comprendre que cela renvoie à une décolonisation mal vécue. On n’a pas su choyer les élites comme les Américains ont pu intelligemment le faire, très rapidement. Nous ne sommes pas retournés très vite au Vietnam, et nous n’avons pas accompli le même travail que les Américains ».