Situation en Ukraine, en Irak et en Syrie

La commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées a auditionné Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la situation en Ukraine, en Irak et en Syrie.

Christian Cambon, Vice-président de la commission, lui a demandé quelques explications concernant les alliances. Certains pays sont absents du tour de table, la France contestant toute possibilité de nouer un dialogue avec eux. « Je pense notamment à Bachar al-Assad, avec qui vous avez dit et répété qu’il n’était pas envisageable de discuter. Votre position personnelle concernant l’Iran est également souvent mise en cause. Quel est donc le « logiciel » de la diplomatie française ? Que va réclamer le Président de la République lors du sommet antiterroriste de Washington ? ».

Il lui a répondu que s’agissant de la Syrie, un certain nombre de bons esprits prétendent que l’on doit s’entendre avec le régime de Bachar al-Assad si l’on veut éviter Daech et ses horreurs. « Autant nous pensons que ce serait une énorme faute de mettre en avant Bachar al-Assad comme perspective pour la Syrie, autant nous sommes persuadés qu’il faut dialoguer avec des éléments de son régime – et nous le faisons. Nous ne sommes pas seuls à le croire. C’est ce que font les Russes – nous sommes en liaison avec eux – ainsi que les Égyptiens. »

« Quant à l’Iran, il s’agit de tout autre chose. Nous continuons les négociations. Elles n’avancent pas beaucoup. Les Américains, et le Président Obama en première ligne, voudraient conclure fin mars, le Congrès devant ensuite se mêler de tout cela. » Un accord avec l’Iran constituera le standard de la prolifération nucléaire pour tous les pays de la région. Si l’accord n’est pas solide, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie, et peut-être d’autres se doteront de l’arme nucléaire. Celle-ci a constitué une arme de paix au moment de la dissuasion.

« Les accords que nous conclurons avec l’Iran, si nous devons en conclure, doivent reposer sur des bases solides, non seulement pour nous, mais également pour toute la région. Laissons Israël en dehors de cela : ce serait une grande faute de dire que ce sujet n’est lié qu’à Israël. C’est une question de standard nucléaire. »

Parmi les éléments de la négociation figure en premier lieu la question des centrifugeuses. Le second point a trait à Arak. « Nous avons avancé dans ce domaine. On peut trouver une solution de reconfiguration. »

Le troisième élément, très important, concerne le fait de savoir ce que la France va faire en matière de recherche et de développement. « Nous avons réclamé un « break out time », notion à présent acceptée par les Iraniens. Il faut que nous disposions au moins d’une année pour pouvoir réagir si nous découvrons que les Iraniens nous ont caché certaines choses. Cela entraîne toute une série de conséquences. Pour le moment, ils ne l’ont pas encore accepté.

Enfin, nous désirons une transparence absolue et souhaitons que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) puisse savoir en permanence ce que font les Iraniens. Nous voulons également le relier à des sanctions, alors qu’ils nous demandent de les abandonner en début de parcours. On ne peut les abandonner sans transparence ! On est donc encore assez loin du compte

La dernière fois, les Américains étaient sur le point de signer n’importe quoi. J’ai donc proposé des amendements, qui ont d’ailleurs été acceptés. Nous avons finalement trouvé un accord certes provisoire, mais meilleur que ce qui était initialement envisagé.

Je n’ai pas de position personnelle dans ce domaine, ce qui serait absurde, mais la position de la France est d’accepter un accord, à condition qu’il soit solide et qu’on puisse le défendre. Le nucléaire civil, tant que l’on veut, la bombe atomique, non ! Ce sont les conséquences qu’il faut tirer de tout cela. »